Bastia est en train de perdre son « âme ».

Un article signé Julian Mattei dans les colonnes de Corse Matin du jour dresse le constat alarmant de la baisse des effectifs scolaires à Bastia : -15% en 5 ans, soit une perte de 300 élèves.

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Avec cette vitesse et cette ampleur ce n’est pas un épiphénomène mais une mutation brutale et profonde de notre cité.

Ce sont les jeunes ménages avec enfants qui désertent la ville, et même l’agglomération, pour s’installer en dehors de son premier cercle d’attraction au sud de la Marana où en Casinca : ils y trouvent du travail, un logement à portée de leurs ressources et des impôts mesurés. Avec eux ce sont les forces vives de la cité, celles qui forment la « classe moyenne », qui sont chassées de Bastia.

Ce phénomène est d’autant plus marqué qu’à la même période, la population totale de la ville a augmenté de 10% avec une croissance qui s’est opérée aux deux extrémités sociales : plus de hauts revenus ou de retraités sans charges familiales, d’un côté, et plus de populations précarisées de l’autre.

Nous assistons, pour employer une expression tristement célèbre, à un véritable « Grand Remplacement ».

Ce chassé-croisé démographique est en train de gommer des siècles d’histoire qui ont forgé l’âme de Bastia. Avec l’exode des classes populaires et des jeunes ménages et leur remplacement par d’autres populations, c’est la cohésion et l’équilibre de la cité qui est touché au cœur. C’est précisément ce qui faisait la force et l’énergie de notre ville ; cette proximité et cette solidarité entre toutes les couches sociales, avec des « ouvriers » et les « patrons » partageant les mêmes espaces de travail, les mêmes cafés et les mêmes traditions, qui est en train de disparaître sous nos yeux.

Bastia prend le même tournant que de nombreuses villes moyennes du continent avec un phénomène de « gentrification » bien connu des responsables politiques. Mais alors que partout, les municipalités de battent pour enrayer ce phénomène, ici on l’amplifie avec des décisions qui aggravent la situation.

Je citerais quatre faits politiques pour éclairer mon propos.

Tout d’abord, il faut relever une absence criante de politique active en direction de l’habitat social : peu de constructions et pas de réhabilitations en dépit de promesses électorales. Le seul projet d’envergure – la rénovation de la « cité des Monts » – est un véritable contre-exemple ; il représente tout ce qu’il ne faut pas faire si l’on veut conserver les classes moyennes et ouvrières. Songez que l’on injecte 50 Millions d’Euros d’argent public dans un quartier social sans rénover les logements sociaux : il fallait oser ! Les anciens résidents continueront de quitter ces passoires thermiques dès qu’ils pourront et seront, comme ailleurs, remplacés par une population de plus en plus précarisée, souvent fraichement immigrée, qui ne s’y installe que parce qu’elle n’a pas d’autres solutions.

L’augmentation massive et constante de la pression fiscale directe ou indirecte qui pèse principalement sur les couches populaires. Depuis 2014, la pression fiscale a fortement augmenté avec, pour couronner le tout, une hausse inacceptable de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères votée par la Communauté d’Agglomération Bastia en 2021. Inacceptable sur le fond mais aussi sur le moyen car elle frappe indifféremment tous les habitants, sans aucune solidarité en direction des moins favorisés, contrairement à la taxe d’habitation.

A la pénalisation fiscale s’ajoute la chasse à l’automobiliste qui touche une partie de la classe moyenne, celle qui est obligée d’utiliser la voiture au quotidien. Dans ce domaine les griefs sont légion mais la dernière décision en date est emblématique : il s’agit du projet de réaménagement du vieux-port. L’aménagement prévoit la suppression pure et simple des 150 places de stationnement du quai de la Marine. Une manière de chasser les habitants actuels du quartier du Puntettu et du vieux port et d’accélérer la « gentrification » du centre ancien.

« Last but not least » : l’emploi est le grand absent des choix politiques. En dehors du tourisme, qui porte l’activité mais draine surtout des emplois saisonniers peu qualifiés et provoque une hausse du prix de l’immobilier, aucune politique ni projet structurant ne vise la création d’emploi. Le quasi-enterrement du projet du Grand Port de la Carbonite, qui aurait permis de créer plusieurs milliers d’emplois dans la tradition industrielle bastiaise, est plus que révélateur.

La majorité municipale aura beau porter des projets tels que l’Aldilonda, le parking Gaudin, la Conque du vieux port ou encore le parc urbain du Fort-Lacroix qui, pour mémoire, étaient inscrits dans mon programme électoral des élections municipales de 2014, ils ne feront qu’accentuer le phénomène d’exclusion des familles populaires s’ils ne s’accompagnent pas d’une modération fiscale et d’une action résolue pour l’emploi, le logement et la mobilité.

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